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Accueillir ses peurs  

Tant que l’on se cherche ailleurs ou à partir du mental on est dans des histoires mentales. Un blabla incessant, une distraction qui alimente notre personnage et une image de soi-même. Ce faisant les histoires et surtout les histoires spirituelles nous éloignent de nous même et créent encore plus de division. On se raconte alors l’histoire que nous sommes plus « évolués » ou de « conscience supérieure » que les autres et que c’est pour ça qu’on ne peut plus se comprendre et on ne voit pas que en réalité c’est notre mental qui nous éloigne de nous même et donc des autres parce que la division est en soi.
Voir le mental, ses mécanismes, ses enjeux nous permet de s’en détacher et de se rapprocher de soi même. Et c’est en se rapprochant du soi libre du moi que la séparation se dissout. Il n’y a rien à atteindre, pas d’ascension, pas de chemin, pas de transition, pas de nouveau monde, pas de monde invisible, tout cela ce sont des histoires « spirituelles » qui alimentent la division qui est en soi, parce que on se vit à travers une image de soi même et pas relié à qui nous sommes, totalement libre de l’image, ou d’une quête d’un moi idéal. Il s’agit juste de se décoller de son mental qui finit alors dans le vide, sans histoires, sans représentations, sans identification. C’est le vide qui permet l’ouverture car il n’y a plus de distance entre soi et Soi et par conséquent donc entre soi et le monde, entre soi et les autres.
Tant que l’on se raconte des histoires on crée de la distance entre soi et Soi et donc de la division et un sentiment de division, d’incompréhension avec les autres par effet miroir. Plus on se sent éloigné des autres, dans des camps c’est l’indicateur que notre mental nous dirige à notre insu et qu’il nous protège de nos peurs. Voir ses peurs, les ressentir et les accueillir permet au mental de lâcher son emprise et de diminuer l’espace qui nous sépare de nous même. 

Et la plus grande peur commune à tous les humains est la peur de l’inconnu et du vide. Tant que nous sommes sous l’emprise de ces peurs nous cherchons à contrôler la vie et à nous raconter des histoires spirituelles qui parlent de plan, de plan divin, de choix d’incarnation, de pensée créatrice parce que nous avons besoin de croire que tout est sous contrôle et que notre ego a le pouvoir de tout contrôler. Ce faisant on étouffe le vivant et on crée de la distance entre soi et Soi. Nos histoires spirituelles ont alors pour finalité de camoufler nos terreurs le plus inconscientes et donc sont au service de notre survie psychologique. La spiritualité au lieu de nous rapprocher de nous même va alors accentuer la division. Comment le savoir ? Un indicateur évident et concret est que l’on va s’éloigner de toutes les personnes qui ne sont pas adeptes de ce qui s’avère être en réalité des croyances spirituelles parce que les croyances vont nous enfermer mentalement. On peut aussi se mentir à soi même et se revendiquer ne plus avoir de peurs et les projeter sur les autres mais ce faisant on crée encore plus de division et de séparation avec Soi et donc avec les autres qui sont vu à travers des représentions mentales parce qu´ils sont alors juste un objet de projection de ce qu’on refuse en soi. Tant que l’on n’a pas traversé ses peurs et que l’on ne vit pas dans l’inconnu perpétuel et que l’on n’a pas rencontré le vide alors on s’en protège mais on ne peut pas revenir dans le Soi. Alors on se cherche partout ailleurs pour nourrir une image de soi même tout en évitant l’insupportable peur qui nous habite au plus profond de nous même et qui nous maintient dans la séparation avec nous-même. Être libre, ouvert et sans séparation implique non pas de camoufler nos peurs mais de les accueillir afin d’en être libre. Alors toute illusion d’un moi créateur, d’un moi qui peut tout contrôler et d’avoir un libre arbitre s’efface. Nous sommes alors un avec la vie car il n’y a plus de défenses contre nos peurs, il n’y a plus un moi qui dirige, mais juste être dans la présence de ce qui se manifeste sans le refuser ou chercher à le contrôler. 

Qu’est-ce que la spiritualité ?

Commençons par ce qu’elle n’est pas : ce n’est pas un dogme, ce n’est pas lié à nos habitudes vestimentaires, alimentaires, nos choix de santé (comme se vacciner ou pas), ce n’est pas un mode de vie, ce n’est pas nourrir des concepts, ce n’est pas adopter des rites (purification, nettoyage énergétique, avec des pierres ou des cristaux), ce n’est pas une doctrine, ni communiquer avec un monde invisible. Tout cela appartient au new age qui est une forme de nouvelle religion, un endoctrinement avec des règles et des critères mais qui au lieu de nous mener vers notre centre va nous en éloigner drastiquement en enfermant notre esprit et qui au lieu de permettre à nos relations de devenir saines et sans jeux de pouvoir ça va nous éloigner et nous couper des autres.

La spiritualité c’est répondre à la question « qui je suis », et donc c’est être libre de son personnage. Un personnage se reconnaît parce qu’on le revendique et on raconte plein d’histoires à son sujet. Et comme c’est un personnage fictif il faut sans cesse le nourrir : toujours monter en taux vibratoire, toujours devenir plus parfait ou idéal, toujours plus nettoyer les lignées ou les vies antérieures ou son aura, trouver sa mission, développer toujours plus de pouvoirs extra sensoriels … et c’est sans fin car si ça s’arrête alors le personnage fictif disparaît aussi. En réalité on se nourrit narcissiquement parce que nous avons des failles narcissiques, un problème de reconnaissance. 
Pour trouver qui je suis il faut d’abord un narcissisme sain. C’est une condition absolue. Et aussi avoir vu, accepté et s’être réconcilié avec ses zones d’ombre donc avec tout ce que l’on rejette de soi qui nous maintient dans la division, dans la dualité. C’est donc notre psychisme le frein. Et uniquement lui. Chercher ailleurs ne peut mener nulle part ailleurs que d’être dirigé par notre égo (donc par nos peurs et nos défenses) : selon notre éducation nous nous sommes construit plus ou moins secure. Et ce manque de sécurité nous a fait construire des stratégies et des systèmes de défense. Le besoin de règles, de s’attacher à une doctrine participe à une stratégie de compensation : je n’ai pas de contenant alors pour me sentir en sécurité je m’accroche à une doctrine. On me dit ce que je dois manger ou pas, comment je dois être ou pas, ce que je dois faire ou pas, ce qui fait spirituel ou non spirituel. Mais pendant ce temps là je ne cherche pas en moi mes limites et mon contenant et je reste insecure. Et je suis dans l’hyper contrôle : je contrôle mon corps, mon alimentation, ma santé, tout est sous contrôle, je répète des phrases en continu car le new age prône la pensée magique (qui est un trouble psychologique). Ce faisant j’étouffe la vie car au lieu d’être pleinement ouvert à la vie je cherche en réalité uniquement à la contrôler de manière illusoire mais je raconte une histoire d’un personnage qui est conscient, je suis enfermé dans des rites ultra psycho rigides et je me raconte des histoires d’un personnage qui est libre de la matrice et des illusions. Le new age est au mieux un endoctrinement au pire une dérive sectaire. Le discernement est plus que nécessaire ! On devient tellement enferré que la remise en question de soi et de ses croyances n’est à un stade quasi plus possible. Le personnage nourrit le sentiment de détenir LA vérité. Cette voie ne mène nulle part ailleurs que dans l’égo spirituel. 

En réalité c’est en construisant sa sécurité intérieure, ses limites que les béquilles ne sont plus nécessaires. Automatiquement. Quand une défense n’est plus nécessaire alors elle tombe d’elle même. On s’en détache. Alors je peux exister sans critères, sans règles, sans rites, et il n’y a rien à atteindre, il n’y a pas à vivre dans une quête continue de perfection parce que justement c’est un comportement de survie psychologique et c’est cette quête en tant que telle qui nous éloigne de nous même : nous voulons atteindre un moi idéal, donc ne pas être qui nous sommes. Celui que nous sommes est rejeté, renié. Alors c’est sans fin si la racine n’est pas vue. Si il y a donc quelque chose à faire c’est de se voir fonctionner : pourquoi ais-je besoin de contrôler ? De répondre à des critères ? De m’enfermer dans des règles, des disciplines ? Et si je lâche tout ça ? On va alors rencontrer ses peurs qui vont remonter dans notre ressenti. Et ça va lâcher. C’est pourquoi toutes les spiritualités anciennes ne prônent aucunes règles, aucun dogme, ils disent : c’est un chemin sans chemin, ce que je dis sont des pointeurs mais vous devez le vivre, l’expérimenter. Elles ne veulent pas que l’on tombe dans un endoctrinement, le but est justement de se déconditionner. Et ce parce que ce n’est pas un chemin, ce n’est pas une destination, ce n’est même pas un choix. Ça se fait ou pas. On va dire que c’est une question de maturité psychologique. Quand le fruit est mûr il tombe. Quand on est suffisamment secure, un pan de notre structure de l’ego ou de défense tombe de lui-même. C’est la vie elle même qui fait ça, le moi ne peut pas le faire puisqu’il est dans la survie, il ne peut pas se diriger en dehors de ses défenses et s’ouvrir à la vie. Et ça quand on a besoin de contrôler c’est juste insupportable : l’inconnu mais quelle horreur. Et justement c’est notre capacité de vivre totalement dans l’inconnu, sans cases, sans critères, sans plans, sans représentations qui est l’indicateur que nous sommes passés de la survie psychologique à la vie. Et comme l’Occident s’est approprié une sagesse ancestrale elle en a fait un dogme, une doctrine. Elle s’est attaché à des concepts et des mots. Mais l’essence n’a jamais été comprise parce que jamais expérimentée et elle a donc été complètement détournée et déformée. On cherche dans un monde invisible la conscience. Alors que quand on se décolle de son mental au lieu de croire en tout ce que l’on se raconte on se voit penser, et donc nous sommes à ce moment en dehors du mental, dans un espace vaste qui contient les pensées et les émotions et qui les voit. Le new age par son ignorance a perverti les sagesses ancestrales pour en faire une religion au seul service de l’égo. C’est ce qui le rend si attirant car il nourrit nos insécurités, il donne un faux sentiment de contrôle et de toute puissance au point de devenir du contrôle pathologique et compulsif, il nourrit un personnage qui flatte notre égo au delà de toutes limites (quoi de plus gratifiant que d’être un élu du divin incarné sur terre pour sauver le monde entier).
 
Celui que je suis n’est donc ni Dieu, ni un être de lumière, ni un être incarné sur terre pour sauver le monde, je n’ai pas de mission, je n’ai pas à ascensionner, ni à me libérer de mon karma, ou à ouvrir mes chakras. Ça se sont des histoires du personnage. Non qui je suis c’est simple, c’est ordinaire. Je suis juste un être complet qui ne rejette plus rien de moi même. J’accepte toutes mes émotions qui se présentent à moi et aucune n’est qualifiée de « négative » ou de « non spirituelle ». Je ne refuse rien de moi, je n’ai pas à être parfaite ou idéale donc toujours positive, joyeuse, avec plein de dons extra-sensoriels. Non je suis juste moi, parfois maladroite, parfois triste, parfois joyeuse : tout peut me traverser car tout est accepté. Rien de cela ne me définit. Il n’y a rien qui ne soit jugé comme étant spirituel ou non spirituel. Je suis juste dans la présence de ce qui se vit et je prends soin de tout en ne le rejetant pas. Alors je n’ai plus besoin de m’identifier à un personnage fantastique, je n’ai pas besoin de rejeter des choses en moi et de me diviser en refoulant des parts qui deviennent alors des zones d’ombre. Je suis complète, entière, tout est accepté. Il n’y a plus de zones d’ombre. Je n’ai alors plus à me défendre, à refouler, à juger, à lutter contre moi même, du coup à rejeter les autres qui incarnent les parts de moi que je rejette. Et alors il n’y a rien à dire, rien à revendiquer et plus d’histoires à nourrir pour alimenter une fausse identité. Libération et silence. Paix totale. Il n’y a plus de combat intérieur et donc plus de combat avec (contre) le monde. C’est ça l’unité. Une personne qui a vécu l’éveil a l’air tout sauf spirituelle car elle se libère de son mental et vit dans son ressenti (ce qui se vit en elle) et pas dans un personnage qui bombarde en continu des tas de concepts qui font spirituels mais qui n’ont en réalité aucun sens. Elle ne dira jamais « je suis éveillée » car elle est totalement désidentifiée et libre des représentations mentales qui sont pour elle des illusions. Elle n’utilise pas tout le vocabulaire new age, elle mange comme elle en a envie, elle n’est pas obsédée par sa santé et ne collectionne ni pierres, ni cristaux. L’auto observation est vécue à l’intérieur et invisible à l’extérieur, mais sa communication va devenir de plus en plus intime et sans cacher sa vulnérabilité. Il n’y a rien à revendiquer et rien à défendre quand on est libre de vouloir être « quelqu’un » de spécial ou de grandiose. Le new age va de manière perverse pousser les adeptes à rejeter la « raison » au seul profit de « l’intuition »… et donc nous empêcher littéralement de réfléchir et de prendre du recul. Alors que le discernement et l’auto-observation de SOI est LA base de toute voie spirituelle ancestrale. Ça permet de ne plus être complètement pris dans nos pensées crues. Ca rend le mental flexible et ouvert, il n’y a plus d’attachement en des croyances qui peuvent être remises en question sans la moindre résistance car ce ne sont que des pensées. Quand nous sommes nos pensées, on s’y identifie et on doit se défendre, ça rigidifie le mental. En rejetant la raison elle devient une zone d’ombre et on va rejeter ceux qui sont « évalués » comme étant rationnels ou normo-pensants mais surtout le new age nous déconnecte de la réalité et on bascule dans l’irrationnel parce que notre raison, notre garde-fou est rejeté. Au lieu de se libérer de nos névroses on avance dans la direction des psychoses. 
 
Si vous perdez votre entourage tout en vous revendiquant être dans une voie spirituelle c’est parce que en réalité vous rejetez de plus en plus des parts de vous-même. Le new age est un dogme qui est ancré dans cette structure égotique de refus de tout ce qui est jugé « négatif ». On devient alors de plus en plus divisé et on va rejeter de plus en plus de gens qui incarnent ce qui est refusé en soi. La spiritualité ne peut PAS mener à des ruptures et un sentiment d’incompréhension avec les autres. Car plus on se comprend soi même et que l’on s’accepte plus on comprend et accepte l’autre ! Il ne peut plus persister un sentiment d’être incompris et en plus ça nous libère des jeux de pouvoir puisque nous avons développé des limites et une base solide. Il n’y a plus d’enjeux. 
Etre identifié à une représentation de soi, à une image ça nous valorise et ça flatte notre ego mais on ne se libère pas du besoin de nourrir une image. Au lieu de se libérer de son ego on va nourrir un égo spirituel. Voilà le danger du new age. 
La voie spirituelle consiste avant tout à se regarder en face et ne plus se mentir à soi même, à être libre de sa structure de survie psychologique pour passer de la survie à la vie. Au lieu d’avoir une vue focalisée et réduite, l’esprit s’ouvre. Il n’y a alors plus ni besoin de contrôle, ni lutte, ni quête, ni purification, ni règles. Juste être ici et maintenant avec ce qui est sans se leurrer soi-même. 
Tout le reste ce sont des histoires, des pensées crues. 


Le corps : notre temple, notre base

Le chemin spirituel consiste à passer du mental à s’enraciner dans son corps donc ressentir au lieu de mentaliser (= juger, évaluer, comparer, mettre tout dans des cases, des étiquettes, vivre à travers son imaginaire avec des récits et croyances à propos de la spiritualité). Toute notre sécurité intérieure est dans le corps mais comme nos mémoires émotionnelles (blessures, peurs) sont aussi dans le corps c’est pour les éviter que nous nous sommes coupé de lui et que nous avons surdéveloppé notre mental. Le mental quand il est une souffrance ou qu’il est trop branché sur l’imaginaire et des représentations est un indicateur de l’existence de ce système de défense : il nous protège de revenir dans toutes nos mémoires enfuies. Le mental est donc le gardien mais en même temps nous devenons prisonniers de lui, c’est une zone de confort, ce qu’on connaît, mais surtout une construction pour tenir debout. Il nous nourrit d’illusions à propos de nous mêmes, des autres, du monde et même de ce qu’est la spiritualité puisque celle-ci est imaginée en fonction de nos motivations inconscientes mais elle n’est du coup pas vécue dans la matière.
On fait tout pour fuir son corps pour éviter de ressentir nos mémoires du coup on tourne en rond. Aller dans son corps c’est sortir de son confort, aller vers l’inconnu, lâcher nos repères. En revenant dans son corps, en ressentant par l’attention consciente alors petit à petit le mental reprend sa fonction initiale et devient un mental totalement pacifié, les pensées n’apportent alors plus aucune souffrance car nous sommes libre des représentations et des récits, de la négativité, du jugement, de la pression que l’on s’inflige, etc. C’est à ce moment là que la paix peut advenir : en reconnectant nos mémoires enfuies et en les accueillant alors notre mental cesse de nous malmener. Il nous malmène car il est le reflet de notre incapacité à nous accueillir et donc à incarner l’amour de soi. Autrement dit : moins on s’accueille et plus on rejette des parts de soi, plus notre mental va nous malmener car notre inconscient est reflété dans notre réalité. Le corps est donc l’espace de l’amour inconditionnel. Accueillir ses peurs, ses blessures, ce qu’on rejette de soi reconstruit cet amour de soi. La spiritualité ce ne sont donc pas des histoires que l’on raconte, du mental donc, sinon on reste désincarné et dans les défenses mais c’est une expérience incarnée, dans la matière, et qui réunifie tout ce qui n’a pas pu se développer dans notre enfance pour développer la bienveillance avec soi (notre incapacité de nous accueillir vient souvent de l’incapacité de nos parents à s’accueillir eux-mêmes et par conséquent de leur incapacité de nous avoir accueilli tels que nous sommes : sans attentes, sans pression, sans nous donner des étiquettes ou des adjectifs qui nous mettent dans une identité-image tout en nous coupant alors de notre identité profonde sans images ni représentations).
 

Laisser émerger, la non-direction

Ce chemin mène petit à petit vers un basculement total où notre personne, notre moi qui cherchait à contrôler la vie selon sa volonté tire sa révérence vers un état non dirigé en laissant émerger ce qui est : que ce soit au niveau du ressenti mais aussi de l’action qui se laisse émerger plutôt que d’être menée par notre volonté contrôlante. C’est comme si nous épousons la vague de l’océan mais sans savoir à l’avance quelle sera sa forme et où elle va. Il s’agit donc de vivre dans un inconnu perpétuel. Toute l’attention est tournée vers l’intériorité en se laissant ressentir chaque instant ce qui est, c’est l’art de l’écoute comme dit Jean Klein. C’est le lâcher prise, où l’on embrasse ce qui est tel que c'est sans jugement et sans chercher à diriger. C’est la mort du moi, dans le sens où le personnel (je veux/je ne veux pas) disparaît totalement dans cette attitude d’écoute profonde de ce qui émerge de manière non dirigée. Au lieu de contrôler sa respiration on se laisse respirer. Ça se fait en dehors de notre volonté personnelle. On se rend compte alors de plus en plus que le libre arbitre est une illusion, que le moi est une construction, un mécanisme de défense, une résistance contre la vie qui ne veut pas lâcher les rênes et qui a besoin de s’accrocher à son illusion du contrôle : il s’accroche à ce qu’il veut (le positif, la joie, etc) et rejette ce qu’il ne veut pas parce que tout cela est basé sur des peurs très archaïques (le négatif, la maladie, les émotions jugées négatives, peur de l’inconnu, peur de lâcher prise, peur de vide, peur de souffrir, peur de ressentir, peur de la peur, etc). C’est donc tout un tas de peurs qui nous maintient dans la structure attraction/rejet et dans la division car à partir du moment où l’on rejette ce qui nous fait peur on place tout dans des cases, on divise tout en ce qu’on veut ou pas et on reste dans le mental qui croit pouvoir tout contrôler en cherchant en réalité à empêcher le mouvement de la vie de s’opérer de lui-même. La Vie ne juge pas et ne divise pas car elle n’a pas de mental-égo, c’est en cela qu’elle est unité. Nous sommes dans la division car notre mental divise tout, et juge les événements au lieu des les traverser. La Vie a cette intelligence de nous ramener vers l’équilibre, mais à condition de la laisser agir, en réalité ce n’est pas nous même qui « travaillons » sur nous, le truc c’est de cesser de faire et donc de laisser-faire : alors la transformation peut seulement s’opérer, on peut juste voir que cela se produit sans notre intervention. Et moins on intervient plus la transmutation a toute la place pour avoir lieu. Et ce n’est clairement pas confortable du tout. Une part de nous le sait et comme on ne veut que du positif alors on bloque le mouvement. Il s’agit donc aussi d’arrêter de tout diviser en positif/négatif, bien/mal, ombre/lumière, haut/bas, supérieur/inférieur donc de lâcher notre structure du jugement qui met tout dans des cases et qui étiquette et évalue tout.
Et nous refusons ce mouvement qui est des plus naturel par notre recherche de contrôle, par nos choix personnels, et cela amène par conséquent à de la lutte, de l’opposition, du stress bref nous sommes en résistance contre la vie donc nous restons séparé de la vie, et dans la dualité. Lâcher toute cette structure illusoire mène à la paix profonde, et non plus une paix passagère qui s’en va dès que les choses ne se passent plus comme nous l’avons décidé et quand nous reprenons le combat pour empêcher ce qui est d’exister.
C’est pour cela que toutes les traditions spirituelles parlent de l’auto-observation, du témoin, de l’art de l’écoute etc. C’est cette position qui permet à toute la structure du moi de s’effondrer. Ce n’est donc pas un détail c’est la base de la base de toute voie spirituelle.
 

Face à l'adversité deux positions sont possibles

Ce qui importe ce n’est pas ce qui arrive mais comment on se comporte face à ce qui arrive : soit on subit, on se plaint, on s’oppose, on refuse, soit on le voit comme une opportunité de mieux se connaître et donc une possibilité d’évolution, de construire sa sécurité intérieure, ses limites, de voir ce qui est non conscient, etc en réalisant que tout ce qui provoque de la réactivité et des émotions part non pas de l’extérieur mais de nous-même : de nos conflits non résolus, de nos peurs, de nos blessures, de notre insécurité. Il s’agit de sortir de la position de victime non consciente pour s’ouvrir à la position de totale responsabilité de toutes nos émotions et réactivités donc une position consciente en revenant dans son ressenti et son corps dès que la réactivité ou les émotions se présentent dans notre expérience : qu’est-ce que je ressens, qu’est-ce qui est touché en moi ? Ces questions nous sortent d’une position où l’on fuit son ressenti réel tout en le projetant sur les autres, ce qui amène à alimenter et nourrir les blessures au lieu de s’en défaire.
Et aussi in fine ça amène à être libre d’une structure de négativité. Et aussi être de moins en moins emporté par de la réactivité et des émotions chaotiques qui vont se calmer pour nous mener vers la paix intérieure quand on fait cette pratique depuis longtemps car elle va dissoudre toute cette charge refoulée. Quand on fait cette pratique depuis longtemps il devient clair que tout est miroir, que tout vient de soi. Ce que l’on va refuser et nier si nous sommes dans une attitude de victime (c’est à cause de l’autre si je suis en colère, triste etc).
C’est exactement ce qui est en jeu avec cette crise sanitaire quand on projette ses émotions sur le gouvernement, la presse, les jeunes, des élites etc. : à ce moment là on ne prend pas soin de se qui se joue en soi, on projette son mal être sur une cible extérieure à qui l’on donne la responsabilité de son mal-être. La projection et négativité se reconnaissent car les émotions sont inscrites dans la durée. Une émotion ne devrait durer que quelques secondes ou quelques minutes maximum, et passer comme un nuage. Dans ce cas la situation ne vient pas réactiver quelque chose d’inconscient, ce n’est pas un miroir de ce qui se cache en nous. Par contre râler depuis des mois, se sentir victime, diaboliser l’autre, s’accrocher à des histoires et des récits, ce sont donc des signes à prendre en compte comme indicateur de miroir de quelque chose qui se joue en soi qui n’est pas résolu. Même se lier à une cause si juste soit elle, si c’est fait dans un esprit de colère et d’opposition en réalité cette cause est ce que notre inconscient a trouvé afin de décharger les émotions refusées en soi. Si ce n’est pas le cas alors il n’y aura pas de colère inscrite dans la durée et de lutte, on peut être attaché à une cause à partir d’un état de paix intérieure. Chaque épreuve ou difficulté est le meilleur moment pour découvrir ce qui se cache dans nos profondeurs... Cette négativité projetée est vraiment ce qui fait le nid de violence dans notre monde, elle amène les insultes, l’agressivité, le rejet, les projections, s’acharner sur des boucs émissaires et des faux coupables, etc. C’est un des plus grands défis de notre humanité : se responsabiliser totalement de ses émotions. Sinon on se décharge et on les nourrit... parfois de la pire des manières (violence physique et psychologique, guerres, meurtres).
 

Voir le refus en soi

Tant que nous nous refusons nous-même dans notre vérité, tant que nous cherchons à être un moi idéal qui consiste à fonctionner dans la structure égotique attraction/rejet alors nous figeons la possibilité au mouvement de la transformation d’avoir lieu parce que nous restons alors dans cette structure de déni de soi au lieu de s’ouvrir à l’accueil de soi et au non-refus. C’est à partir de l’acceptation de toutes nos zones d’ombre (ce que l’on n’aime pas et qu’on refuse de soi avec souvent de la peur en arrière plan) que le mouvement du changement peut s’opérer parce que c’est la structure du déni de soi en tant que telle qui s’effondre pour laisser la place à la connexion de l’amour de soi qui ne consiste pas à aimer son image, son personnage mais à s’accepter, à cesser de lutter pour être un autre que nous ne sommes pas (tout lumière, tout bon, tout positif, un être supérieur). C’est aussi la structure duelle qui s’effondre pour s’ouvrir à l’unité : c-à-d quand je crois que je veux/dois être ceci tandis que son opposé je le refuse de moi ou je dois l’éliminer. Cette structure duelle nous maintient dans une lutte permanente contre soi, c’est une structure ancrée dans la division ce qui est typique du déni de soi aussi d’ailleurs. Observer toute cette structure qui existe en soi et l’accueillir permet de s’en décoller et donc de s’ouvrir à l’acceptation de soi.
 
 

La quête du moi idéal nous piège et nous empêche d'accéder à notre vérité intérieure

Beaucoup se trouvent emportés par une quête d’un moi idéal parfait et uniquement fait de joie et de « bien » mais cela a comme conséquence que de se couper de sa vérité, de son vrai ressenti, de qui on est vraiment et donc de son essence. On croit être dans une voie spirituelle alors que l’on est en train de développer un faux self, un personnage, un masque qui a une image de perfection ou de l’idée de ce qu’on se fait de comment doit être une personne « spirituelle ». On est alors dans l’apparence mais coupé de ce qui est présent au fond de nos entrailles. On est coupé en deux, divisé. Assumer ce qui nous traverse tel que c’est sans chercher à le modifier, à le faire disparaître ou à le mettre sous le tapis mais l’accueillir pleinement comme étant sa vérité de l’instant sans jugement et sans évaluation c’est cela aussi sortir des illusions. C’est cela l’unité : ne plus être coupé en deux avec ce qu’on refuse et rejette de soi et une image idéale qui ne reflète pas qui nous sommes et déconnectée de notre réalité profonde. On a le droit d’aller mal, d’être en colère, d’avoir peur, et quand on ne rejette plus aucune émotion, quand on assume tout alors au lieu de résister contre ce qui nous traverse tout passe très vite car il n'y a plus un moi pour s'y accrocher ou le refuser. Alors seulement on se libère de ce qui vit en nous (les peurs, les blessures) car tout ce contre quoi on résiste persiste et le mental est assez fort pour nous leurrer et nous empêcher de nous relier à notre vérité profonde. Dans cet état d’ouverture l’inconnu peut surgir, tout change, tout est impermanence. Le mental lui reste dans le connu, il tourne en rond.
Tout cela est un véritable conditionnement culturel qui consiste à être une personne parfaite ou un bon chrétien (héritage d’un conditionnement religieux) et que les émotions c’est quelque chose de mauvais. Cet énorme conditionnement culturel est un des plus gros freins pour s’ouvrir à notre vérité intérieure instant après instant sans intervenir juste traverser en pleine conscience ce qui est. L’autre cause est que notre programme biologique consiste à éviter la douleur tant physique que émotionnelle comme programme de survie : c’est à la fois notre gardien mais du coup aussi notre prison. Cela nécessite d’accepter que l’imperfection, la douleur et la souffrance font partie de notre humanité et de ne plus les refuser. C’est cela s’ouvrir à l’Amour. L’Amour ne rejette rien et contient tout (la non dualité). Libre de ses conditionnements alors la quête d’un idéal de moi et donc de l’apparence fondent, ce qui compte c’est d’être dans sa vérité quelle qu’elle soit. Et c’est en étant dans l’accueil de soi que l’on peut aussi accueillir l’autre sans le juger ou l’évaluer sinon il va entrer en résonance avec nos zones d’ombres et nos refus ce qui va impliquer du rejet de l’autre. Si on se ment à soi même on peut aussi s’accrocher à des croyances irréelles et fausses. Tout est miroir... notre intérieur est projeté sur l’extérieur à travers nos représentations mentales. Tout part de la manière dont on prend soin de soi... prendre soin de soi mène à la fin des constructions mentales.